True skin, un futur proche

Scénario et réalisation : Stephan Zlotescu

Dans un proche futur, Kaye prend du recule face aux conditions de vie de son époque ainsi que sur la notion même de l’être humain d’aujourd’hui.

Ce court-métrage nous présente une ère de banalisation de nos organes, élément assez récurent dans le cinéma, comme dans cette scène de retour vers le futur II :

Les personnes se trouvant dans ces rues de Bangkok ne sont pas des acteurs pour la plupart, mais de vrais touristes, de vrais sans abris, de vrais commerçants… L’artifice technique utilisé est celui de la réalité augmentée (superposition d’un monde virtuel avec la réalité). La pauvreté à l’écran est donc réel et crédibilise la sensation de ce monde du futur.

« Personne ne veut être comme eux… personne ne veut être malade vieux, et mourir. »

Ici le futur n’est pas une amélioration médicale généralisée, une médecine pour tous, mais la continuité d’un présent fait d’inégalités. Le réalisateur montre, si ce n’est dénonce, la misère et la fracture sociale à travers des technologies réservées à une certaine classe. Alors que le confort de certains les tendent à une amélioration médicale et esthétique de leurs corps, d’autres le sacrifient à travers la prostitution dans le but de survivre. Les personnes favorisées ne profitent pas uniquement indirectement de la misère dans leur vie quotidienne, mais également directement pendant leurs vacances. L’avenir, dans True Skin, n’effacera donc pas l’indifférence omniprésente actuelle.

True Skin se distingue par ses effets visuels à la fois mesurés et réalistes, mais aussi par les questions que le scénario soulève, la quête de l’immortalité est-elle possible et serait-elle acceptable ?

Selon Peter Nicholls, spécialiste de la littérature de science-fiction, « dans certaines histoires, l’immortalité est le début de possibilités sans limite, dans d’autres, elle représente la stagnation ultime et la fin de l’innovation et du changement ».

Le dernier point de ce court-métrage ouvre une réflexion plus philosophique que sociale. Sans rentrer dans le débat du possible, l’immortalité se heurte à la religion, à l’éthique et peut être même à la définition d’être vivant, car la mort conditionne le comportement humain tout au long de sa vie. elle la rythme, la séquentialise. L’urgence accompagnant le choix de nos décisions justifie leur faisabilité et la mesure de leur importance.

« Philosopher, c’est apprendre à mourir. » Montaigne

A une époque où la science et la technologie ne dévoilaient pas les encourageants progrès dont nous profitons, la philosophie amenait pour certains une vision résignée mais pas pour autant négative sur la mort : selon Heidegger, pour vivre de façon authentique, nous devons regarder bien en face et constamment la limite fixée par la mort, et accepter l’anxiété que cela apporte. Pour d’autres, un sentiment d’injustice face à la construction morale, philosophique et artistique qui est propre à l’homme : « Si rien ne dure alors rien est justifié » (Albert Camus).

La mort, ce non-dit, cette réflexion récurrente, cette peur que nous avons, transformerait radicalement nos vies si elle n’existait plus. Le problème de la faisabilité scientifique et technologique de l’immortalité à notre époque serait moindre en comparaison de la volonté de l’appliquer dans un futur où elle serait possible. Comme dirait Ross :

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